Bio Cohérence : un nouveau label bio

En avril dernier, des acteurs du bio se sont réunis et ont décidé de créer un nouveau label bio : Bio Cohérence. Nous devrions le trouver en magasin dès l’année prochaine.
Je ne vais pas aborder ici le sujet de la multiplicité des labels, sujet sur lequel il y a pourtant beaucoup à dire, et sur lequel je reviendrai sans doute ultérieurement. J’aimerais plutôt me pencher sur ce que l’arrivée de ce nouveau label permet de comprendre à propos du label bio actuel.

Que propose le label Bio Cohérence par rapport au label AB ?
  • des fermes qui ne produisent qu’en bio
  • des animaux nourris exclusivement en bio
  • une alimentation animale produite majoritairement dans la ferme
  • des produits 100% bio
  • une interdiction totale des OGM
Si ces critères sont mis en avant, c’est parce qu’ils ne sont pas remplis par le label bio actuel. En effet, comme je l’ai expliqué à propos de la réglementation sur le bio, depuis le 1er janvier 2009, seule la réglementation européenne est appliquée. Auparavant, on y ajoutait un cahier des charges français, qui était plus strict que le cahier des charges européen.
Le label Bio Cohérence reprend donc cet ancien cahier des charges, en allant parfois même un peu plus loin. Si l’on reprend les critères mis en avant par Bio Cohérence, on en apprend un peu plus sur le bio actuel :
  • des fermes qui ne produisent qu’en bio : selon le label européen, on peut tout à fait avoir une ferme avec une parcelle bio et une parcelle non-bio. Le problème est certainement le risque de contamination d’une parcelle à l’autre, même si le texte prévoit de bien séparer les parcelles.
  • des animaux nourris exclusivement en bio : on en déduit que les animaux n’ont pas une alimentation 100% bio. Je ne sais pas s’il y a un pourcentage minimum. Dans la réglementation, je n’ai pas trouvé de chiffre, juste qu’ « une partie de la ration peut contenir des aliments provenant d’exploitations en conversion » et que « les matières premières [...] non biologiques [...] ne sont utilisé[e]s que si [elles] ont fait l’objet d’une autorisation d’utilisation« .
  • une alimentation animale produite majoritairement dans la ferme : c’est également ce qui est écrit dans la réglementation européenne. A moins de décider d’un seuil minimal, je ne vois pas vraiment la différence entre les deux labels. Mais l’idée est évidemment de diversifier les cultures dans une même ferme. L’éleveur devra également cultiver les fourrages pour ses animaux.
  • des produits 100% bio : actuellement, un produit peut porter le label bio à partir de 95% d’ingrédients bio. C’est d’ailleurs un des seuls chiffres que j’aie trouvé dans la réglementation européenne.
  • une interdiction totale des OGM : c’est le point de discorde par rapport à la réglementation actuelle. Le cahier des charges français autorisait 0.1% d’OGM. Aujourd’hui, c’est 0.9%. Le label Bio cohérence souhaite donc aller plus loin que l’ancien cahier des charges, et refuse toute contamination.
Ce label va ainsi nous permettre de sélectionner les produits qui répondent à ces critères, qui sont en fait ceux que l’on recherche lorsqu’on achète un produit bio. En effet, nous croyons à tort qu’acheter bio nous permet d’éviter les OGM ou qu’un produit bio est forcément 100% bio. Or nous voyons ici que ce n’est pas le cas et que nous sommes en quelque sorte « trompés sur la marchandise ». 
Mais il ne faut pas croire que les producteurs se contentent d’appliquer la réglementation européenne ; c’est notamment le cas de tous ceux qui se sont réunis pour créer Bio Cohérence. Car aujourd’hui, rien ne nous permet de différencier le produit bio « de base » de celui qui l’est un peu plus. De ce point de vue, ce nouveau label a donc tout à fait sa place.
Sources :
- Biocontact, « Bio cohérence, une nouvelle marque bio française », n°202, mai 2010, p8.
- Actu-Environnement, « Bio cohérence : un nouveau label, plus bio que bio? » http://bit.ly/aUYPi2
- Cdurable.info, « Bio cohérence : la marque des produits 100% bio » http://bit.ly/bdTMce
- Novethic, « Les producteurs bio lancent un nouveau label privé » http://bit.ly/bmmGBD

Label AB : réglementation européenne

A la lecture de ces 23 pages de réglementation, je dois dire que je suis assez déçue. Alors que je m’attendais à trouver des indications très précises, des chiffres, des listes de produits autorisés ou interdits (ou un lien vers la liste de ces produits), j’ai eu le sentiment de lire 23 pages de « théorie » sur le bio. Sans doute est-ce le style des réglementations ; il est vrai que je n’ai pas vraiment l’habitude d’en lire !
Ce qu’on remarque dans les premières pages, qui établissent les « principes » de l’agriculture biologique, c’est l’utilisation du conditionnel, qui donne l’impression que l’application de ces principes est souhaitable, mais pas obligatoire. Là encore il s’agit peut-être du style employé pour rédiger ce type d’écrit.
Alors, qu’ai-je appris en lisant cette réglementation ? Et bien à vrai dire, j’ai l’impression de ne pas en savoir beaucoup plus qu’avant. On va bien sûr trouver les grands principes du bio, et pour commencer sa définition :
La production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleurs pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard de produits obtenus grâce à des substances et à des procédés naturels.

On comprend également que l’idéal du bio est un « cycle de vie » : l’agriculteur va cultiver ses fourrages, qui vont nourrir ses animaux, dont les déjections vont enrichir la terre, qui va faire pousser les fourrages, etc.
Pour le reste, le texte est obscur au possible. Par exemple, sur la question des OGM, j’avais entendu, notamment dans le documentaire Si beau le bio?, que cette réglementation acceptait jusqu’à 0.9% d’OGM dans le bio. Or, ce chiffre n’est mentionné nulle part dans la réglementation. Dans les principes du bio, on va trouver la phrase suivante :
Les organismes génétiquement modifiés (OGM) [...] sont incompatibles avec le concept de production biologique [...]. Ils ne devraient donc être utilisés ni dans l’agriculture biologique ni dans la transformation des produits biologiques.

Suivi de :
L’objectif est d’avoir une présence d’OGM dans les produits biologiques aussi réduite que possible. Les seuils d’étiquetage existants constituent des plafonds qui sont exclusivement liés à la présence fortuite et techniquement inévitable d’OGM.

Effectivement, on comprend de ces phrases que la présence d’OGM est acceptée. Mais nulle mention d’un chiffre, même dans l’article dédié à ce sujet et intitulé « Interdiction d’utilisation des OGM ». En revanche, on nous renvoie à la lecture d’autres réglementations. Sans doute trouve-t-on la mention de ce chiffre dans l’une d’entre elle.
Il est alors évident que la seule lecture de cette réglementation ne peut suffire à comprendre réellement ce qu’implique la production de produits issus de l’agriculture biologique, non seulement parce que cette réglementation renvoie à de nombreuses autres, mais aussi parce qu’un décryptage de ce texte semble nécessaire.
Je vais donc poursuivre mes investigations en me penchant sur les autres textes, mais également en cherchant des clés de compréhension en dehors de ces réglementations.

Que mangerons-nous demain ?

Ce documentaire américain de 2004 n’est certes pas récent, mais il reste tout de même d’actualité. Il traite essentiellement de la question des OGM dans l’agriculture, mais évidemment pas pour en dire du bien.
Après un bref résumé des évolutions technologiques de l’agriculture d’après guerre, il s’attarde sur les biotechnologies et leur produit le plus sujet à controverse : les Organismes Génétiquement Modifiés.
Qui dit OGM, dit Monsanto. Une assez longue partie est consacrée à cette entreprise, au départ fabricante de produits chimiques, puis d’insecticides, et qui s’est mise à racheter la majorité des semenciers américains dans les années 90. Après avoir mis au point des plantes génétiquement modifiées, résistantes à son fameux pesticide « Round Up », la firme a déposé des brevets, devenant alors propriétaire de ces plantes. Dès lors, elle s’est mise à attaquer tout agriculteur contaminé par des OGM, sous prétexte de « violation de brevet ».  Le documentaire rappelle alors l’excellent film de Marie-Monique Robin « Le Monde selon Monsanto ».
Il y est également question de la politique américaine de déréglementation sur les produits issus de la biotechnologie, mise en place par le gouvernement Bush senior et semble-t-il toujours en vigueur. La présence, au sein des institutions américaines, de personnes liées de très près à Monsanto n’y est sans doute pas étrangère.
La contamination du maïs mexicain par le maïs transgénique américain est également abordée, de même que le dernier argument trouvé par Monsanto pour vendre toujours plus d’OGM : les biotechnologies sont la solution au problème de la faim dans le monde. Après les légumes, les chercheurs travaillent aujourd’hui sur les poissons et crustacés transgéniques, en attendant le reste…
Si l’épilogue du documentaire n’était vraiment pas nécessaire — 5 minutes consacrées au bio et à la révolte des consommateurs, avec en phrase finale : « c’est à vous de choisir ! » — ce que je retiens notamment de ce documentaire, c’est la liste des OGM autorisés à la vente (aux USA en 2004, évidemment), qui m’a surprise et intriguée : papaye d’Hawaï, courgettes, courges, lin, tabac, betteraves sucrières, riz, hormones de croissance bovine, médicaments, végétaux producteurs de plastique, produits chimiques industriels, produits pharmaceutiques, maïs spermicide.
J’ai été surprise parce que je n’y trouve pas le maïs, le soja et la pomme de terre (qui ont certes été déjà mentionnés dans le documentaire, mais qui mériteraient de figurer sur cette liste), mais aussi parce qu’on y trouve beaucoup plus de produits végétaux que je ne pensais. De plus, j’aimerais beaucoup savoir ce que sont des « végétaux producteurs de plastique » (problème de traduction ou pas ?) et du « maïs spermicide ».
J’aurai évidemment l’occasion de revenir sur cette question des OGM en France et en Europe, notamment parce qu’il en est question dans la réglementation européenne sur le bio. Je tâcherai alors d’en savoir plus sur les végétaux OGM existants, et sur ce qui se prépare pour l’avenir.
Source : Que mangerons-nous demain ?, Deborah Koons Garcia, 2004. www.thefutureoffood.com