Le bio au banc d’essai

Ce documentaire, s’il pose les questions habituelles à propos du bio (le bio a-t-il meilleur goût, est-il meilleur pour la santé), a le mérite de traiter le sujet sous un angle légèrement différent. Il ne s’agit pas de présenter les différents labels ou de montrer ce qui différencie le bio du conventionnel, mais plutôt de montrer que l’agriculture bio (ou « agriculture écologique ») n’est pas un retour à des pratiques ancestrales ni ne se réduit à l’abandon des engrais et pesticides. C’est au contraire une agriculture qui nécessite beaucoup de connaissances en techniques de production, et qui prend en compte les récentes recherches sur le sujet.
De nombreux chercheurs étudient les problèmes rencontrés par les agriculteurs bio, qu’il s’agisse des maladies (mammite chez les vaches, mildiou dans les vignes) ou des ravageurs (aleurodes dans les choux), afin de trouver des solutions écologiques. Par exemple, dans le cas du mildiou sur les vignes, l’agriculture bio autorise l’utilisation de sulfate de cuivre. Mais son utilisation finit par polluer les sols. Il convient donc de trouver une meilleure solution, ce à quoi les chercheurs n’étaient pas parvenus au moment où le documentaire a été tourné.
On observe également les résultats d’une étude comparative entre le bio et le conventionnel, en plein champ et sur une longue période : le rendement est seulement inférieur de 20% en bio, mais avec un sol moins épuisé donc moins vulnérable à l’érosion.
Dernière question posée par ce documentaire et non des moindres : arrivera-t-on au bio pour tous ? Autrement dit, est-il possible de concilier production de masse et qualité écologique ? Là encore, un début de réponse vient de la recherche. On nous présente un élevage expérimental de poules bio. En observant attentivement les comportements des poules, un éleveur est parvenu à créer un élevage de 12 000 poules : il les sépare en groupes pour éviter l’agressivité, a planté des buissons pour les attirer hors du poulailler, leur propose un « jardin d’hiver » en cas de mauvais temps, des perchoirs pour dormir, etc. Bref, il réunit les conditions idéales pour un élevage de qualité en grande quantité.
On comprend de ce documentaire qu’il reste beaucoup de recherches à mener en matière d’agriculture écologique, mais que cette recherche est absolument fondamentale si l’on veut proposer des produits bio pour le plus grand nombre. On comprend également que cette agriculture est complexe : elle demande du temps et de la main d’oeuvre, mais elle exige surtout d’observer attentivement les plantes et les animaux, ce que bon nombre d’agriculteurs n’ont plus le temps (ou la patience) de faire.
Source : Le bio au banc d’essai, Peter Podjavorsek, 2007.

Si beau le bio ?

Ce documentaire, diffusé sur France 5 il y a quelques mois, a le même objectif que le blog Savoir Vert : il s’agit de comprendre ce que signifie acheter un produit « bio ». La réalisatrice part alors à la rencontre d’agriculteurs bio, d’une auditrice d’Ecocert qui réalise des contrôles, ou d’agriculteurs certifiés Nature et Progrès. Le sujet des cosmétiques bio est également abordé, mais moins longuement.
Regarder ce documentaire au moment même où je suis plongée dans la lecture de la réglementation européenne sur le bio (ou « la » bio, c’est selon) est particulièrement instructif. J’y apprends que cette réglementation permet une harmonisation du bio en Europe, depuis le 1er janvier 2009, mais que de nombreux agriculteurs bio français sont insatisfaits car ce cahier des charges est moins exigeant que ne l’était le cahier des charges français. Notamment, il autorise la présence d’OGM jusqu’à 0.9%, en cas de contamination par une parcelle voisine.
Je vais être particulièrement attentive à ces questions, car c’est bien tout l’intérêt de cette recherche : qu’est-ce qu’un produit bio ? La réponse à cette question sera différente selon la réglementation appliquée, mais peut-être aussi selon l’agriculteur qui va produire ces denrées. Car rien ne l’empêche d’aller plus loin que ce que la réglementation exige.
Pour revenir sur le documentaire, j’y ai appris quelques informations importantes : par exemple, sur les marchés, les vendeurs de produits bio doivent avoir un certificat délivré par Ecocert. Vous êtes en droit de leur demander. Et si les étiquettes présentant le label AB ne sont pas visibles sur les étals, soyez méfiants car certains vendeurs profitent de l’engouement pour le bio.
Enfin, même si le documentaire fait état de quelques fraudes, comme la vente de fausse viande bio par un éleveur ou l’importation d’un soja bio chinois contaminé à la mélamine, la réalisatrice reconnaît que l’agriculture biologique est aujourd’hui l’une des filières alimentaires les plus sûres.
Source : Si beau le bio ?, Elsa Margout, 2009.

Enfumés…

Ce documentaire de Paul Moreira — ce qui est pour moi un gage de qualité — nous explique que si les Etats-Unis sont restés tant en retrait sur la question du réchauffement climatique ces derniers années, c’est en raison de la puissance du lobby pétrolier. Alors que la plupart des industries automobiles fabriquaient des modèles plus petits, l’administration Bush, dont les membres influents avaient tous un lien avec l’industrie pétrolière, a encouragé la construction et la vente de voitures toujours plus imposantes et donc plus gourmandes en essence. Un lobbyiste était même « infiltré » dans le gouvernement, nommé au Conseil de Qualité Environnementale, et y modifiait les rapports des scientifiques, afin d’induire le doute sur la relation entre augmentation du CO2 et changement climatique.
Cette enquête m’inspire une réflexion, plutôt qu’une interrogation : dans ce sujet du changement climatique, adopter une posture critique et scientifique semble indispensable. On ne peut pas prendre à la lettre tout ce que l’on nous affirme. Il est nécessaire de garder un esprit critique et de s’interroger ; il faut demander des preuves de ce qui est avancé, des arguments.
L’exemple de Claude Allègre est particulièrement frappant : il utilise seulement une partie des données publiées  par le Hadley Center, un centre de recherches sur le climat, afin d’illustrer ses propos. Cette méthode est contraire à l’honnêteté intellectuelle qu’on attend d’un scientifique. De plus, il n’argumente pas, ce qui là encore n’est pas conforme à une démarche scientifique. Au final, il est difficile de prendre ses propos au sérieux.
Cette position critique est également nécessaire pour éviter de se faire piéger par le « green washing ». Si une entreprise de l’industrie pétrolière communique sur ses engagements en matière d’énergies renouvelables, mieux vaut se demander quelle part de leurs investissements cela représente avant d’applaudir…

Source : Enfumés…, Paul Moreira, 2009.